La Quobba Almoravide

La ville de Marrakech abrite l'un des plus beaux exemples de l'architecture almoravide. En effet, en 1948, des fouilles dirigées par H. Terrasse, ont permis la mise en évidence d'un complexe architecturale d'une importance insoupçonnée, connu actuellement sous le nom de Qouba Almoravide ou Qouba Al Boudiyyin.

Sise sur le côté sud du quartier Ben Youssef, où elle resta enterrée des années durant sous une montagne d'immondices, la Qouba s'intègre parfaitement à l'ensemble monumental qui constitue le noyau de la médina; à savoir la mosquée almoravide de Ali Ben Youssef, la médersa saâdienne et le palais séculaire de Dar Mnebhi.

La Qouba est, en fait, constituée de deux ensembles distincts, mais d'égale importance : la coupole, proprement dite, et la fontaine. De tels aménagements, qui ne sont connus nul part ailleurs,  font de la Qouba un site de référence pour la dynastie almoravide. Certes, elle donne une image d'ordre et de grandeur, à la fois par le rôle qu'elle a joué et par les monuments qui la constituent.

Le premier ensemble se présente sous forme d'un grand espace au centre duquel se dresse une somptueuse coupole, que ceinturent les vestiges de petites cellules qui faisaient vraisemblablement office de latrines.

La coupole est édifiée au-dessus d'un bassin rectangulaire, qu'entoure une rigole. La présence éventuelle des latrines attenantes à ce bassin, plaide en faveur de l'exploitation de cet espace comme lieu d'aisance et d'ablutions, or l'absence de tout dispositif pouvant témoigner de la circulation des eaux propres et usées, tempère cette hypothèse.

L'ambiguïté qui entoure la fonction de ce lieu affecte également la coupole. Oeuvre d'un faste impressionnant et d'une décoration sculpturale peu commune, il est cependant  impossible de savoir en l'honneur de qui elle fut érigée. Malheureusement, une inscription coufique qui s'étendait en bas de la coupole, sur ses quatre faces internes et qui aurait pu élucider ce mystère, fut martelée, probablement après l'avènement des almohades en 1147, et les quelques mots que l'on peut encore y déchiffrer font mention du nom de son fondateur Ali Ben Youssef.

L'une des caractéristiques qui font l'unicité de cette Qouba est son plan. Son constructeur s'est, en effet, évertué à lui octroyer une forme rectangulaire, que dessinent les quatre piles de sa charpente extérieure, rectangle qui aboutit à un carré interne, pour ensuite se muer en octogone sur lequel prend naissance le petit dôme à huit angles.

Vue de l'extérieur, ce dôme est richement sculpté d'arcatures et de chevrons qui ceignent une étoile à sept côtés. Tout autour, se dressent des merlons à escaliers qui reprennent le plan rectangulaire et qui surmontent une surface que percent des arcatures au nombre de cinq et de trois, respectivement sur la longueur et la largeur du rectangle.

L'accès à l'intérieur est assuré par une double arcature outrepassée et brisée sur les deux longueurs du monument,  et par un arc lobé sur ses deux largeurs. Une fois ces arcades franchies, l'on se retrouve au-dessous d'une majestueuse coupole, témoin d'un déploiement de magnificence sans égal. constituée de huit grandes arêtes, qui courent immédiatement au-dessus de la frise épigraphique, elle affiche des arabesques florales d'une réelle beauté et forme par le biais de quatre espaces vides aux coins, l'octogone qui annonce la coupolette à huit angles du sommet.

La sobriété du décor et la neutralité du revêtement semblent avoir été atténués par quelques soupçons de coloris rouge dont ne subsiste que des traces parcimonieuses.

La présence, à proximité, d'un deuxième ensemble architecturale ajoute à l'importance incontestée de la Qouba. Il est question d'une fontaine monumentale qu'annoncent à l'entrée les vestiges du système de canalisation qui assurait la circulation de l'eau.

Elle s'étend sur une superficie de 14,5 m x 4,5 m environ et est constituée de deux parties que séparent deux arcs. Les parois des deux bassins sont sertis d'orifices, reliés au système des khattaras (galeries drainantes souterraines) qui acheminait l'eau depuis les montagnes. Les plafonds offrent également des ouvertures, aménagées, sans doute, en vue de collecter l'eau de pluie.

La construction a été renforcé par des appareillages en pierres du Guéliz. Ces mêmes appareillages ont participé à la consolidation d'arcs, dont les vestiges se dressent encore à droite de l'entrée de la fontaine.

Or, et selon G. Deverdun, la fontaine a subi beaucoup de changements par rapport à son tracé initial. En effet, à l'origine et à la place des bassins actuels, elle abritait des auges,  qui filaient le long des murs et qui étaient reliées entres elles. Elles étaient alimentées en eau par une tuyauterie en bronze en partance d'une citerne située derrière la fontaine.

Il est, certes, difficile de retrouver l'historique exacte de la Qouba, mais de par sa seule présence, elle consacre le mode de vie et la pensée du maître d'ouvrage, à savoir les Almoravides. Et comme dirait Adonis :

L'artiste oeuvre pour le futur,

mais, c'est à l'art d'attester

                                                   la justesse de l'oeuvre.

Menara

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