Dar Mnebhi  

Le bâtiment

Le palais Dar Mnebhi qui abrite le Musée de Marrakech a été construit à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle par Mehdi Mnebhi, ministre de la guerre du Sultan Moulay Abdelaziz (1894-1908). C’est la période qui vit s’édifier, à Marrakech, deux autres demeures prestigieuses, le palais de la Bahia dû à Ba Hmad, Grand Vizir du même sultan et Dar Si Saïd, élevé par son frère et qui abrite depuis 1938, le musée du même nom.

Le palais Dar Mnebhi reflète l’art architectural palatial de toute une époque, celle de la confrontation de deux mondes, de deux cultures qui se mesurèrent, s’influencèrent. Ainsi, Mnebhi qui fut envoyé en ambassade en Angleterre, ne resta pas indifférent à l’art occidental. Il lui emprunta des éléments qu’il intégra harmonieusement à son riyad de Marrakech.

La demeure est construite su le modèle de la maison à péristyle selon lequel les pièces s’agencent autour d’un patio à ciel ouvert. Elle est tournée vers un dedans richement orné, tournant à l’extérieur d’austères façades.

Elle se compose de quatre parties principales :

1. L’entrée : elle disposait de deux portes, l’une principale donnant par un couloir en coude sur le patio central, l’autre, secondaire, donnant sur la cour, servant pour les bêtes de somme des invités. Leurs fonctions ont été « inversées » avec la création du musée : la première a été condamnée ; elle communique directement avec les réserves nouvellement créées dans le « coude » pour permettre, si besoin est, d’introduire de nouvelles pièces d’acquisition ou du matériel d’exposition ; la seconde sert d’entrée principale pour le visiteur et la cour d’antan abrite également l’administration, la librairie, la billetterie et la cafétéria.

2. Le patio à ciel ouvert comprenant, à l’origine, quelques arbres fruitiers, et autour duquel s’agencent les pièces centrales de la demeure : quatre chambres dont deux se font face. Par ses décors de céramique architecturale (zellij), de plâtre sculpté, de bois ouvragé, elle s’inscrit dans la pure tradition architecturale marocaine. Les boiseries encadrant les fenêtres et leurs motifs peints sont empruntés à l’art européen, mais s’intègrent parfaitement à leur nouvel espace.

3. La douiria, anciennes cuisines du palais, se situe entre le patio et l’entrée principale du musée. Hormis les zellij, elle n’est pas chargée de décors, ce qui en fait la mieux appropriée pour l’exposition d’œuvres d’art. Le plafond de l’une de ses pièces est fait de nervures de coupoles où l’on décèle l’influence de l’architecture européenne.

4. Le hammam auquel on accède à partir du patio est, à lui seul, une œuvre architecturale de génie avec ses coupoles ornées de décors en plâtre sculpté et peint, ses murs en tadellakt (couche lisse d’enduit), l’agencement de ses pièces revêtues de zellij.

Le bâtisseur

Nous ne connaissons pas grand chose sur les débuts de la vie de Mehdi Mnebhi, à commencer par la date de sa naissance. Jeune, il fut d’abord valet  au palais, chargé du mobilier du sultan Moulay Hassan (1873-1894). Le grand vizir Ahmed ben Moussa, dit Ba Hmad, le remarqua et l’annexa à ses services, probablement après la mort du sultan. Il exploita sa position d’homme de main le jour où il fut le premier à annoncer le décès du vizir au tout jeune sultan Moulay Abdelaziz (1894-1908) qui s’est vu subitement débarrassé d’un tuteur encombrant. Il nomma Mnebhi ministre de la guerre et chef suprême de l’armée chérifienne.

Les menaces françaises à partir de l’Algérie décidèrent le sultan à l’envoyer en ambassade à Londres pour renforcer la capacité de défense du royaume. Sa mission fut couronnée de succès ; il fut même décoré par la Reine Victoria de l’ordre de Chevalier et reçu par les familles de la noblesse.

De retour au Maroc, il devait entrer au port d’El Jadida, là où ses rivaux, jaloux de sa réussite, décidèrent de conspirer contre lui, allant même jusqu’à décider de le neutraliser. Or, il en fut averti en temps opportun, quittant le navire du côté où on l’attendait le moins à bord d’une barque.

Sur la côte, il trouva un groupe d’amis munis de chevaux et il enfourcha en direction de Marrakech. Il dut convaincre le sultan de sa fidélité. Mais la confiance du souverain en lui fut entamée le jour où il dut l’envoyer à la tête de l’armée pour combattre le prétendant Bou Hmara. Il essuya contre ce dernier un échec cuisant. Il demanda alors au sultan la permission de se rendre en pèlerinage à la Mecque. A son retour, il choisit d’abandonner les charges officielles et de prendre une retraite à Tanger. Son riyad de Marrakech fut acheté par son gendre Thami Glaoui qui en conserva la propriété jusqu’à l’Indépendance. Il devint alors propriété de l’Etat. Il abrita diverses administrations et subit une dégradation avancée.

 

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