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La
médersa Ben Youssef |
En
1564-65, le sultan saâdien Abdellah Al Ghalib acheva de construire l'une des
plus somptueuses médersas du Maroc. En effet, alors qu'auparavant, certains
auteurs ont attribué son édification aux Mérinides, actuellement, son
attribution aux Saâdiens ne souffre plus d’aucun doute, surtout en présence
de six inscriptions qui la corroborent. La plus représentative de ces
inscriptions est celle qu'arbore le linteau en bois au-dessus de la porte d'entrée.
Traduite, elle rapporte ce qui suit :
"
J'ai été édifié pour la science et la prière par le prince des croyants, le
descendant du sceau des prophètes Abdellah, le glorieux des créatures. Prie
pour lui, ô toi qui franchis ma porte, afin que ses espérances les plus hautes
soient réalisées."
De sa situation géographique dans le quartier Ben Youssef, chargé
d'histoire et noyau primitif de la médina de Marrakech, la médersa prend
d'emblée tout son sens. Sa contiguïté de la mosquée almoravide érigée par
l’almoravide Ali Ben Youssef et reprise par Al Ghalib, lui a donné le nom
qu'elle porte jusqu'à nos jours. En construisant la médersa, en restaurant la
mosquée almoravide et en édifiant un maristan (hôpital), ce sultan a redonné vie au quartier Ben
Youssef, tombé dans l'oubli après le déclin de la dynastie almoravide.
Avec
son plan, qui affecte un quadrilatère d'une superficie de 1680 m², avec ses
130 chambres, son grand patio et sa salle de prière, la médersa fut durant
plus de quatre siècles un creuset d'érudition
et d'accueil pour les étudiants en soif de connaissances dans diverses
sciences, notamment en théologie. Or, contrairement aux
médersa mérinides, la médersa Ben Youssef n'affiche aucune inscription
pouvant nous éclairer sur ses revenus, les lois qui la régissaient et les
conditions d'admission des étudiants.
En
effet, d’après la fatwa d’Al
Abdousi, prédicateur à Fès au XIVème siècle, on apprend que :
"Ne peut habiter la médersa que celui qui atteint vingt ans et au dessus,
qui s'adonne à l'étude de la science ou à son enseignement dans la mesure de
sa compétence, qui assiste à la lecture du hizb
matin et soir, et aussi au cours du professeur du Coran de cette médersa, d'une
manière assidue, sauf pour cause d'empêchement légitime, tel que maladie ou
autre excuse analogue justifiant son absence. Si cet étudiant a habité la médersa
pendant dix ans sans que ses bonnes aptitudes ne se soient révélées, il sera
expulsé d'autorité car il porte préjudice aux habous. D'autre part, celui qui habite légitimement la médersa ne
peut y emmagasiner que dans la mesure de ses provisions, selon l'usage en matière
de habous."
Véritable
reflet de la magnificence de l'art saâdien, la médersa Ben Youssef puise sa
force dans une architecture d'une grande cohérence.
Avant
d'intégrer l'intérieur du bâtiment, on se retrouve au dessous d'une coupole
à mouqarnas (stalactites) en plâtre
de la largeur de la ruelle. Porteuse de deux inscriptions et riche en couleur,
elle surmonte une superbe porte entièrement couverte de plaques de bronze ciselé.
Cet ensemble luxueux prédispose déjà le visiteur au faste de l'intérieur du
monument. Intérieur auquel on accède par un long couloir haut sous plafond,
entrecoupé et éclairé par des puits de lumière. Une fois traversé, ce
couloir débouche sur un vestibule d'où l'on peut gagner les diverses parties
du bâtiment. Son côté sud est occupé par une porte en moucharabieh qui donne accès à la cour et qui s'aligne dans l'axe
symétrique au mihrab.
A
l'instar des autres médersa du Maroc, la médersa Ben Youssef s'articule autour
d'un volume central constitué par le patio principal qu'égaye un bassin doté
de deux jets d'eau en bronze. Ses deux ailes, est et ouest, sont longées de
deux galeries dont les plafonds soutiennent les chambres de l'étage. La partie
médiane de la façade méridionale est occupée par une grande porte, bordée
de chaque côté de deux petites portes qui donnent sur la salle de prière.
Celle-ci est cloisonnée en trois nefs par deux rangées de colonnes en marbre.
Les deux nefs latérales offrent des placards en bois qui faisaient probablement
office de bibliothèque. La nef axiale qui accueille le mihrab affiche un décor somptueux et rassemble tous les éléments
qui constituent la richesse du monument : le marbre, le bois et le plâtre
aux motifs polychromes.
Le mihrab,
en créneau pentagonal, offre une ouverture en arc de plein cintre, soutenue par
quatre colonnettes en marbre. Il est recouvert d'une coupolette à mouqarnas
en plâtre.
L'une
des particularités de la médersa Ben Youssef est la présence de deux couloirs
qui ceinturent la cour central et qui desservent sept courettes où s'ouvrent
les cellules du rez-de-chaussée. L'une des courettes du couloir ouest est
constituée de salles d'ablution qui s'articulent autour d'un bassin
quadrangulaire que chapeaute une somptueuse
coupole à mouqarnas en plâtre. L'ensemble est soutenu par quatre colonnes en
marbre.
L'étage est accessible au moyen de deux escaliers qui se font face et qui prennent leur départ dans le vestibule. Certes, l'étage comprend une multitude de labyrinthes et de couloirs, mais en général, il reprend le plan du rez-de-chaussée, avec l'adjonction de chambres qui donnent sur la cour. Ces chambres sont de loin les plus spacieuses et les plus confortables et quelques unes comportent des sortes de mezzanines.
La
terrasse reproduit parfaitement les toitures des courettes ainsi que les
ouvertures des puits de lumière et du grand patio. Elle est, en effet, constituée
de dos d'âne en tuiles vertes et d'ouvertures carrées qui assurent l'aération
et l'éclairage des couloirs de l'étage et du rez-de-chaussée.
La
diversité de ses décors, de ses couleurs et de ses matériaux font de la
médersa Ben Youssef une œuvre architecturale originale. En effet, elle
est l'effigie de tous les thèmes décoratifs de l'art marocain de l’époque.
Le
bois de cèdre en provenance de l'Atlas est partout présent ; il est adopté
dans les somptueuses coupoles du vestibule et de la salle de prière, dans les
plafonds des couloirs et au niveau des frises et des auvents de la cour
principale.
Le
marbre acheminé de Carrare en Italie, a également servi à orner la médersa.
Aussi, deux plaques sculptées occupent les pieds-droits de la porte de la salle
de prière, auxquelles s'ajoutent quatre colonnes dans la même salle, dans le mihrab
et dans la salle d'ablution.
Le plâtre,
quand à lui occupe la place de prédilection dans la décoration de la médersa.
En effet, de grand panneaux de plâtre sculpté couvrent les façades du patio
et de la salle de prière.
Le
zellig de diverses couleurs et formes géométriques et de différentes
techniques habille les bas des murs et des piliers.
le sol est revêtu de marbre de carrare dans la cour principale, de dass dans la salle de prière et dans les chambres et de carreaux de zellig dans les couloirs, les escaliers et les petites courettes.
Devant
une telle profusion de décors et de matériaux et loin d'une décoration
minimaliste, on est frappé par l'harmonie des tonalités et la cohérence de
l'architecture, qui perpétuent l'histoire de l'art marocain et qui ne laissent
personne indiffèrent.